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25 décembre 2015

L'appel


L’absinthe absorbe ton absence.
Où es-tu mon amour absolu ?
T’égares tu dans d’absurdes abysses ?
Pries-tu un nouveau dieu sous l’abside ?
Viens absoudre mes péchés solitaires
Équilibrer mes pensées abstraites.

L'étreinte


Regarde la au fond des yeux, tu sauras où elle s’est égarée. Ecoute la chamade de son coeur nourri en sang mêlé de force et d’abandon. Ressens les vibrations de son corps, de sursauts de vie en petites morts. Perçois ses murmures sensibles et ses prières. Au-delà de ses cris, entends ses vérités et ses guerres. N’aies crainte du sel qui coule sur ses joues, ni du reste d’orage qui roule dans sa gorge. Et si elle s’absente derrière ses paupières closes, abrite son corps nu dans tes bras.

La salle d'attente

Ils prennent le téléphone pour entendre une voix rassurante, une mère, un frangin, une amie. Une personne pour qui ils comptent, avec qui partager la bonne nouvelle... ou l’autre. Pour vivre ce moment à deux, même s’il n’y a rien de grave. Parce que même le soulagement ça se partage.
Puis il y a celui qui est venu. L’accompagnateur. C’est un peu de lui aussi dont il s’agit, celui qui parle de tout et de rien, de “il fait bon ici, ça ne sera pas long” ou qui se tait et tient juste la main.
Moi j’ai l’encre. C’est elle qui me soulage, rend moins âpre l’attente. Mon accompagnatrice. Je ne suis pas pressée, je n’ai pas envie de savoir. J’écris comme je me parle.
Et quand on me prive de ce sang noir pour m’enduire le ventre d’un gel blanchâtre, je continue d’écrire dans ma tête. J’ai le stylo qui papillonne au bout des cils, le feutre indélébile ancré dans les entrailles. Comme un totem.
Je suis émue. Un peu. Je suis une femme, c’est écrit partout sur les murs, les affiches, les fronts, sur mes petits seins que l’on presse, tâte comme des fruits. J’aperçois mon reflet dans la vitre griffée de pluie. 
“Dis bonjour à la dame”.
Où est l’enfant ?

Danse avec la pluie


Vienne la goutte de ciel gris se perdre sur ma joue
Vienne la pluie chamailler mes cheveux, faire de ma robe légère une seconde peau
Désaltérer ma bouche offerte aux nuages
Se glisser dans le creux de mes mains
Gronder le tonnerre jusque dans mon coeur
Viennent les éclairs illuminer ma danse, et mes pieds s'unir aux flaques
Que cette averse comme une douce ivresse m'offre une valse avec le ciel
Je me moquerai de ceux qui me disent folle, qui tordent leur visage sous de noirs parapluies
Je ferai courir un bateau blanc dans la rigole
Le soleil reviendra. Il me l'a dit.

La brebis


Dans la nef, les fidèles se débinent
Il n'y a pas de "communion"
La brebis s'égare dans ce bordel
Les moutons broutent l'herbe folle
Génuflexion devant une autre idole
Pour un temps érigée sur l'autel
Et de louanges en oraisons
Et de salamalec en compassion dévote
leur langue chargée du goût des bottes
Pauvres bigots sans raison

Alors lasse sur son mont de piété
Les mains jointes sur sa poitrine écorchée
la brebis bêle, bêle, bêle comme le jour
et prie le sain d'esprit et d'amour
de ne plus jamais l'épargner.

Paissez en paix.

1 décembre 2015


Rester encore 

Emboités 
Enchevelés 
Enlangués alanguis 
Enlianés 
Rester en corps 
Encore 
Embrassés 
Empeautés 
En brasier apaisé 
Immobiles 
Juste encillés 
Juste murmurés 
Doux et forts 
Sans effort 
Ne plus bouger 
Fondus. Dilués. Emus 
Les ventres palpités 
Souffles rassérenés 
Epuisés mais en corps 
Encore 
A l'abri du monde fou 
Isolés enaimés 
Mélés 
enlévrés, enlevés, enliessés 
Lécher sels et blessures 
Boire l'ultime des gouttes 
Encore 

22 juillet 2015

129ui

Combien de temps va-t-elle rester ainsi dans son carrosse, petite princesse déchue, à laisser glisser ses yeux sur le papier comme la pluie sur la vitre ?

Assise sur son fil du temps suspendu, devenue fée sans pouvoir, une larme roule sur le menu d'un autre avenir qu'elle tient entre ses mains. L'appétit coupé.

Et pendant que son corps pleure de tous ses pores, elle sent la matrice se dessécher inexorablement. 
Même le soleil aujourd'hui s'en est allé. Toutes flammes éteintes.

Rester encore un peu dans le carrosse, sur le parking désert de toute joie, à l'abri des réalités fracassantes, pour ne pas être obligée de sourire. Pas encore.